Pastoralisme et services écosystémiques
Une enquête pour rapprocher gestion pastorale et gestion environnementale
L’élevage pastoral est présent dans les Alpes du Sud et les espaces méditerranéens français depuis l’époque néolithique, les plus anciennes traces remontant à plus de 8 000 ans pour les espaces méditerranées, et 6 000 ans pour les Alpes françaises. Les pratiques pastorales ont bien sûr évolué au cours du temps, mais certains fondamentaux persistent : les troupeaux réutilisant souvent les mêmes surfaces année après année, une bonne gestion pastorale implique de garantir un bon renouvellement de la ressource, ainsi que le maintien de sa qualité. Cette qualité est à la fois fourragère (valeur nutritionnelle) et fonctionnelle (saison d’utilisation, attractivité pour le troupeau, capacité de report sur pied…). Dans la plupart des situations, l’expression d’une grande diversité floristique est synonyme d’une grande qualité de la ressource pour le troupeau.
L’élevage pastoral repose donc en grande partie sur un écosystème fonctionnel. Les surfaces pastorales des Alpes du Sud et des espaces méditerranéens sont également le support d’une biodiversité remarquable, justifiant la création depuis plus d’un siècle mais surtout depuis les années 1970 d’espaces protégés tels que les parcs nationaux, les parcs naturels Régionaux, les réserves biologiques et enfin les zones Natura 2000. Même si leurs missions premières sont différentes, on voit bien que gestionnaires pastoraux et gestionnaires environnementaux se rejoignent sur l’objectif de maintenir des écosystèmes riches et dans le meilleur état fonctionnel possible : les gestionnaires pastoraux pour assurer la qualité et le renouvellement de la ressource pastorale, les gestionnaires environnementaux pour assurer la santé des écosystèmes et de la biodiversité qu’ils supportent.
Pourtant, et malgré cette convergence d’intérêt, gestionnaires pastoraux et gestionnaires environnementaux rencontrent parfois des difficultés quant à la mise en pratique de choix de gestion. La gestion quotidienne, sur des questions ponctuelles ou localisées, fait parfois apparaitre des priorités divergentes (e.g. date de pâturage faisant sens dans le calendrier de pâturage mais sensible pour le cycle de vie d’une espèce particulière). De façon plus générale, chaque gestionnaire se concentrant sur des priorités et des objets différents (conduite pastorale versus conservation d’espèces sensibles), il peut en arriver à ne plus considérer le système dans sa globalité.
Cette enquête, conduite en 2023 par le CERPAM auprès de 15 gestionnaires environnementaux de la région Sud, a pour objectif de poser les bases d’un rapprochement des points de vue. Elle vise premièrement à comprendre comment les gestionnaires perçoivent les liens entre pastoralisme et services écosystémiques, et quelles sont leurs attentes vis-à-vis du pastoralisme. Elle passe ensuite en revue les actions mises en place par ou avec les espaces protégés pour rapprocher gestions pastorales et environnementales, et interroge l’efficacité de ces actions. Enfin, nous profitons des discussions ayant émergé entre gestionnaires environnementaux et pastoralistes du CERPAM lors de la restitution de cette enquête pour enrichir ce rapport du compte rendu de ces échanges.